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We like it here

Nous restons aux Etats-Unis avec le groupe Snarky Puppy, le collectif jazz du moment. Ils enregistrent leurs albums live en proposant aux fans de participer à la séance d’enregistrement en immersion totale.
Leurs vidéos sont vues des centaines de milliers de fois sur youtube et les jeunes musiciens jazz ne jurent que par eux en ce moment.
C’est l’événement de dimanche prochain (29 juin) au Parc Floral.

Ils ont un son très reconnaissable, funky dans le style et la formation (section de cuivres, guitares, synthés avec molette de modulation), jouent avec les mesures décomposées, les enchainements de thèmes et de rythmes différents qui me rappellent parfois les grands noms du rock progressif.

Nous allons écouter « Lingus », un morceau tiré de l’album « We like it there ». Beaucoup de leurs morceaux tournent en boucle sur mon lecteur depuis un moment mais j’ai envie de vous proposer celui-ci qui illustre bien la bonne humeur du groupe, l’écoute et la proximité des musiciens, et en prime, un énorme solo d’un des claviers du groupe Cory Henry.
Les timings sont pris par rapport à la vidéo. Je vous conseille d’écouter le morceau une première fois sans la vidéo puis avec. L’image donne une autre dimension au morceau.
D’ailleurs, vous regarderez où se trouve le public, littéralement au milieu des musiciens. Une place de choix !

Lingus (We Like It Here) by Snarky Puppy on Grooveshark

Après une intro de synthé, le morceau démarre tout de suite sur des mesures décomposées (0:11) : un premier thème très chaloupé sur un enchaînement de cycles de mesures à 4 puis 6 temps, répété deux fois.
Le thème suivant part sur les chapeaux de roue (0:58) sur une rythmique 5 temps avec un petit passage très perturbant : on est toujours en 5 temps ? à non c’est du 6 ? Ah bah là c’est du 4 ! Bon bah on est resté en 5 temps en fait… Les canailles, s’ils ne marquent pas les premiers temps, je suis perdu moi !
Troisième thème (1:02), là c’est clair, c’est du 5 temps et c’est la guitare qui joue le thème accompagnée par le clavier uniquement.
Ensuite, on reprend l’ensemble : thème 1 (1:20) avec Michael League qui s’amuse à la basse pendant les blancs, puis thème 2 (1:58) doublé cette fois, puis thème 3 à nouveau à la guitare (2:30) mais qui subie rapidement une attaque de cuivres, couverts par les rafales de batteries (2:39) pour s’approprier le thème (2:48). Attention, on reste dans la bonne humeur bien sûr.

Après cette ribambelle de thèmes, pour le premier solo, c’est Chris Bullock au sax ténor qui s’y colle (3:06), customisé par des effets sonores, et vite rejoint par Mike Maher à la trompette en 4/4 (non il n’est pas en voiture, c’est juste un terme pour dire qu’ils jouent chacun sur 4 mesures l’un après l’autre), lui aussi branché sur effets. Tout le monde reprend en choeur le troisième thème (4:00).
Le morceau est très festif.

A partir de maintenant, c’est l’heure de gloire de Cory Henry, carte blanche (4:18). Mon moment préféré !
Rythmique pianissimo, pour que le discours puisse commencer en douceur et sans contrainte, seule la basse rappelle les grandes lignes de l’harmonie du morceau mais c’est à peine audible.

Quelques notes de synthé et rapidement, les accords s’enchaînent. Cory navigue ou plane, on entend les modulations, on laisse les vents nous guider, on dérive emporté par les flots, on perd pied. La mesure ? Le tempo ? Connais pas… Laissez-vous emporter plutôt que d’intellectualiser.
Et à la 5e minute, de se dire : « Mais il n’est pas perdu en vol en fait, il est même sacrément en place ! »

La molette commence à démanger Cory, sous les yeux de Shaun Martin, son voisin synthé que l’on voit à sa droite suivre ses doigts du regard avec attention et apprécie l’accompagnement du batteur Larnell Lewis (5:40) qui devient de plus en plus présent pour « faire monter le solo ».
Quelques regards appréciatifs, quelques sursauts de tête, quelques grimaces, on écoute et apprécie vraiment le solo avec les réactions de Shaun.

A 6:19, Cory quitte la molette pour prendre le deuxième clavier à la main gauche. Grand joueur d’orgue, il excelle dans cet exercice, passant d’un accompagnement main gauche à un solo à l’unisson des deux mains, main droite à une note et main gauche en accord (6:32). Et toujours la molette qui revient de temps en temps, c’est comme les piqûres de moustique, ça démange… mais là c’est agréable.

On ne quitte plus Shaun (le voisin) du regard tellement on aime ses réactions (6:42, 7:02). Finalement, il préfère même aller dans le public pour apprécier la suite (7:16) quand Cory entame un long solo rythmé et rapide à deux mains.
Il faut voir les regards entendus entre les musiciens par la suite.
Un retour sur un mode de solo plus traditionnel annonce bientôt le retour dans les rangs (8:00).

Break extrêmement bien calé avec la batterie et les cuivres pour lancer la dernière phase du morceau : des enchaînements entre des riffs aux cuivres parfaitement ponctués par la batterie et le solo de clavier qui continue jusqu’au bombardement final sur deux lignes batterie/cuivres/clavier contre basse qui frappent des rythmes différents (9:42).

Standing ovation pour finir dans le public, dans les musiciens et sur notre canapé ou dans les transports si vous l’écoutiez dans le métro, le tram ou le bus. Par contre, évitez la standing ovation dans la voiture ou sur la moto, à la limite sur le vélo, en danseuse, cela peut passer.

Je vous invite à regarder d’autres vidéos et écouter d’autres morceaux de Snarky Puppy sur le net. Vous pourrez y voir Shaun Martin dans le morceau qui lui est dédié sur le même album (« Sleeper ») ou Bob Reynolds perdre son casque pendant son solo de saxophone dans « Outlier ».

J’espère que cela vous aura donné envie de venir les écouter au Parc Floral de Paris dimanche prochain 29 juin à 15h30.

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Titre : Lingus
Artiste : Snarky Puppy
Album : We like it here
Label: Ropeadope Records, Groundup Music
Durée : 10’43
Année : 2014

Musiciens :
Michael League : basse
Larnell Lewis : batterie
Nate Werth : percussions
Bob Reynolds, Chris Bullock : Tenor Saxophone
Jay Jennings, Mike « Maz » Maher : trompette
Bob Lanzetti, Chris McQueen, Mark Lettieri : guitare
Justin Stanton : fender rhodes
Bill Laurence, Cory Henry, Shaun Martin : claviers

Enregistré et mixé par Eric Hartman.